
Même en comparaison des plus graves crises financières du siècle dernier, les événements de ces trois derniers jours sont extraordinaires. Au début du week-end, Lehman Brothers, la quatrième plus grosse banque américaine, semblait encore pouvoir être sauvée, avec ou sans garantie du gouvernement. Lundi matin, Lehman se met sous le “Chapter 11”; en faillite. Sa dette s‘élève à 613 milliards de dollars US.
En parallèle, Merrill Lynch s’est jetée dans les bras de Bank of America (BofA) pour 50 milliards de dollars. L’assureur AIG a obtenu l’accès à 20 milliards de dollars via ses filiales, grâce à l’Etat de New York.
Résultat:
- Les investisseurs se sont tous rués sur les bons du trésor américain
- Les bourses mondiales ont toutes chuté
- Le baril a plongé bien en dessous de 100 dollars
- Le dollar a lui aussi plongé
Si Lehman Brothers est mise en liquidation, la valeur de cession de biens comparables dans d’autres entreprises va devoir être revue à la baisse. Cela risque d‘éroder leur capital. Le refus du gouvernement américain de sauver Lehman signifie que de nombreuses entreprises ne pourront plus s’estimer trop grosse pour disparaître, ce qui va alourdir le coût de leurs emprunts. La faillite de Lehman montre que les banques ne veulent (peuvent ?) pas sauver leurs consoeurs, même si les conséquences sont désastreuses.
Hank Paulson a finalement décidé d’arrêter les frais
La Fed aura sauvé Bear Stearns. Le trésor aura sauvé Fannie Mae et Freddie Mac. Tout le monde s’attendait à ce que la même chose se passe avec Lehman, et c’est bien là que se trouve le problème.
Pour l’Etat américain, sauver Lehman revenait à dire: “Financiers, prenez tous les risques que vous voudrez, l’Etat sera là en cas de problème.”
Il faut bien s’arrêter un jour ! Sinon, pour reprendre un comique, c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres ! ![]()
Lehman n’avait donc nulle autre voie que la faillite. La banque avait bien accès aux prêts d’urgence de la Fed, qui avaient été introduits juste après le rachat de Bear Stears par JP Morgan Chase. Mais la chute de son titre l’a empêchée de lever des capitaux frais et les agences de rating l’ont dégradée.
Merrill Lynch, elle, motivée par la peur d‘être la prochaine victime, s’est dépêchée de se vendre. Son boss John Thain avait approché Morgan Stanley et BofA, mais seule cette dernière s’est estimée capable de faire le due diligence nécessaire avant l’ouverture des marchés le lundi matin.
Voici donc la liste mise à jour des banques d’investissement indépendantes aux Etats-Unis:
- Morgan Stanley
- Goldman Sachs
- (!)
Et les regards se tournent tous désormais vers AIG, qui fait des yeux doux à la Fed pour un emprunt court terme de 40 milliards de dollars, juste le temps de céder quelques filiales.
Tentatives de remèdes
Dans ce climat résolument “sauve qui peut”, les banques et les autorités cherchent à amortir les effets de la crise. La Fed a allongé la liste de ce qu’elle accepte en garantie de ses prêts à taux réduits. Les entreprises peuvent désormais utiliser des actions, quelle que soit leur qualité (pas seulement AAA), en contrepartie de bons du trésor …
Les marchés se préparent aussi à ce que la Fed diminue son taux directeur aujourd’hui. Un vrai retournement de situation de la Fed, qui en août avait prévu de les augmenter.
Les banques, elles aussi, mettent en place des mesures palliatives. Un groupement de 10 banques ont mis en place un fond de 70 milliards de dollars que ses membres peuvent utiliser en cas de manque de liquidité.
Serait-ce enfin le début la fin ?
Avec la Fed et le trésor qui commencent à dire “non”, on peut s’attendre à voir d’autres faillites spectaculaires.



7 commentaires
Mar 16 Sep 2008
La decision de la Fed de ce soir permettra ou non un rebond du Cac. Sans baisse des taux, les 4000 points ne vont pas faire long feu…
Mer 17 Sep 2008
La baisse des taux n’a pas eu lieu et c’est normal au point où on en est cela n’aurait eu aucun effet. eu aucun effet.
Mer 17 Sep 2008
Je suis d’accord, sans effet sur la crise financière mais cela aurait sans doute provoqué un rebond technique des indices
Du coup, le cac est passé sous les 4 000 points en séance
Sam 27 Sep 2008
Je pense que maintenant, nous avons fait le tour de la partie “bancaire” de la crise, avec la mise en faillite des Caisses d’Epargnes, et l’adoption (quasi certaine) du plan Paulson.
Il rezste maintenant à voir sa propagation ou non dans l’économie, et surtout voir si l’argent continue à circuler ou reste “figé”. C’est finalement là que le risque est le plus grand: “le credit cruch”
http://gigi75.over-blog.com/
Dim 28 Sep 2008
Je suis complètement en accord avec toi Gigi. C’est une réflexion que je me suis faite dernièrement: la crise du crédit, principalement liée à l’immobilier, risque fortement de se propager aux organismes de crédit non-bancaires. J’ai à l’esprit le crédit auto, le crédit à la consommation, etc ...
Ce sont les prochaines victimes probables.
A suivre…
Dim 28 Sep 2008
Et d’ailleurs il faudrait mettre à jour mon article lorsque je liste les dernières banques d’investissement car, en réalité, elles ont changé de statut. Il n’y a plus de banque d’investissement.
On est revenu à la bonne vieille banque monolithique multi-services, telle qu’a pu la connaître notre vieux John Pierpont Morgan ...
Dim 28 Sep 2008
Hou là ! Si tu mets à jour ton article à chaque nouvelle, tu vas finir par avoir un article de 10 pages, 20 pages, ... voire de la taille d’un livre ! lol
Je pense qu’il vaut mieux dissocier les sujet: Cet article était centré sur Lehman: on peut ouvrir des perspectives de développement. Par contre, écrire ensuite tous les développement dans le corps du post ne me semble pas oportun. Il vaut mieux refaire un autre article, par exemple sur les conséquences prévisibles, en mettant cet article en lien pour ceux qui voudraient revenir à la source.
Tiens au fait, mon article est “en cours de validation”. Il n’est actuellement ni accepté, ni rejeté. C’est toi qui t’en occupe pour le mettre ou non en ligne ? Comment est-on prévenu de l’acceptation ou du rejet ?