Après avoir échoué avec la politique monétaire dite conventionnelle, qui consiste à faciliter le recours au crédit en abaissant les taux directeurs ou en assouplissant les réserves, les instituts d’émission sont passés, ces derniers mois, à la méthode dure, qui consiste à créer de la monnaie ex nihilo, ce qu’on appelle encore pudiquement le quantitative easing.
De quoi parle-t-on ? De façon classique, les banques commerciales vont au guichet de la Banque centrale chercher des liquidités en échange de titres. Au bout d’une courte période, elles récupèrent les titres et rendent les liquidités. Les opérations s’annulent. Il n’y a donc pas de création de monnaie.

La politique, dite de la planche à billets, relève d’une tactique différente. Au lieu de prendre les titres en pension, les Banques centrales achètent purement et simplement des titres aux banques commerciales ou à d’autres organismes financiers. Il n’y a donc pas de remboursement.
Les titres en question, des bons du Trésor américain par exemple, s’inscrivent alors à l’actif du bilan de la Banque centrale. En face, au passif, elle enregistre un montant équivalent. C’est ainsi qu’elle crée de la monnaie. On mesure l’ampleur de cette création monétaire au gonflement du bilan des Banques centrales.
Gonflement inquiétant du bilan de la FED
La méthode est utilisée depuis l’automne dernier. En novembre, la FED a prévu d’acquérir sur les marchés jusqu’à 100 milliards de dollars de dette de Fannie Mae et Freddie Mac d’ici à la fin de l’année. Elle va également racheter sur le marché secondaire jusqu’à 500 milliards de dollars de titres adossés à des créances hypothécaires émis par ces organismes.
En plus, elle s’est engagée à prendre à son bilan 200 milliards de dollars de titrisation de prêts pour étudiants et de dettes de cartes de crédit, un chiffre très vite porté à 1 000 milliards de dollars. Puis, continuant sur sa lancée, le 20 mars, la FED a décidé d’acquérir jusqu’à 300 milliards de dollars de bons du Trésor américain.
“Le bilan de la FED a mis quatre-vingt-quinze ans pour atteindre 1 000 milliards de dollars et un mois et demi pour dépasser les 2 000 milliards de dollars”, relevait jeudi dernier le responsable financier du réassureur Scor, qui suit les évolutions monétaires afin de mieux gérer ses réserves.
Et ce n’est certainement pas terminé. D’après Philippe d’Arvisenet, directeur des études économiques à BNP Paribas, le bilan de la FED pourrait bientôt atteindre 4 000 milliards de dollars.
La Banque d’Angleterre a adopté une politique similaire début mars. Elle reprend en direct 75 milliards de livres sterling de gilts (équivalent britannique du T-bond américain) d’une durée de cinq à vingt-cinq ans.
Quant à la Banque centrale européenne, elle pourrait s’y mettre à son tour en mai. Elle pourrait reprendre à son bilan des billets de trésorerie ou des obligations d’émetteurs privés.
Un coup de fouet visible pour les actifs à court terme
Dans un premier temps, les conséquences du quantitative easing sont visibles et positives. Elles se traduisent par la remontée des marchés d’actions et par la détente sur les taux de la dette privée. “Parmi les titres rachetés par les Banques centrales, certains faisaient l’objet d’une grande méfiance. Or, les opérations de la FED redonnent de la liquidité à ces titres qui étaient en partie gelés”, constate Philippe d’Arvisenet.
Ils retrouvent un prix, ce qui réenclenche un cercle vertueux de revalorisation de ces actifs. Les marchés se dégrippent peu à peu, les investisseurs retrouvent le goût du risque. Des grands groupes comme Saint-Gobain, Lafarge, Pernod Ricard ou HSBC parviennent à placer d’importantes augmentations de capital.
Créer de la monnaie est un jeu extrêmement dangereux
“L’économie devrait se désintoxiquer du crédit facile ; au lieu de cela, on soigne le mal par le mal”, constate Nathalie Janson, professeur à l’ESC Rouen.
Les États vont-ils vraiment tirer les leçons de la crise ? “Ce qui a été décidé au G20 n’est pas, en tout cas, très opérationnel”, regrette-t-elle. Les velléités de suppression des paradis fiscaux, de surveillance des hedge funds ou de limitation des opérations hors bilan des banques sont des garde-fous bien fragiles. “Les fonds spéculatifs commencent à retrouver de la liquidité, et la question se pose de savoir où ils vont placer leur argent”, remarque l’économiste de BNP Paribas.

Pour peu que se répande l’idée que les plans de relance vont permettre à la Chine de redémarrer, on risque d’assister à une spéculation effrénée sur les matières premières, avec, selon lui, une remontée en flèche des prix du pétrole.
Un mécanisme diabolique et de très mauvais souvenirs pour l’épargne
Et que trouvera-t-on au bout du compte ? De l’inflation, difficile à endiguer. “Si l’Histoire se répète, nos efforts vont finir dans les larmes ; nous allons connaître une inflation supérieure à ce qu’elle a été dans les années 1970”, confiait la semaine dernière le célèbre historien de la FED, Allan Meltzer, professeur à Carnegie Mellon University, à l’agence Bloomberg. A la fin des années 1970, les prix de détail augmentaient en rythme annuel de 13,3%.
Marie-Jeanne Pasquette
© Les Publications Agora France, 2002-2008
Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.



1 commentaire
Lun 01 Juin 2009
C’est très exactement ce que je pense…avec un passage du leadership du Dollar directement au Yuan, exit l’Euro fort mécaniquement…et presque involontairement…