
Un investisseur professionnel confie à MoneyWeek les valeurs sur lesquelles il mise actuellement. Cette semaine, Timothy Hay, spécialiste de l’Amérique latine, Somerset Capital Management.
Atterrir à São Paulo revient à débarquer dans une jungle de béton – l’horizon est bouché de gratte-ciel qui abritent ses 23 millions d’habitants. Et l’on ressent très bien la confiance grandissante de cette locomotive latino-américaine. En effet, le Brésil est sur la voie du développement économique avec beaucoup de compagnies nationales intéressantes, qui s’ajoutent aux multinationales axées sur les commodities, lesquelles représentent 50% de l’indice boursier Bovespa.
Avec une inflation tombée à 4,36% et des taux d’intérêt de 8,75% (contre 13,75% en janvier), le Brésil semble se diriger vers la stabilité, après des années de forte inflation et de taux d’intérêt à deux chiffres. Beaucoup sont optimistes. Pour certains, le Brésil a mieux surmonté la tempête économique que la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis.
J’ai récemment visité une quarantaine d’entreprises brésiliennes et j’ai été impressionné par celles que nous détenons en portefeuille, par exemple Sabesp (Etats-Unis : SBS), un groupe de services spécialisé dans l’eau. Cette compagnie est encore peu chère, avec un PER courant de 7,6 fois. Le marché s’inquiète au sujet du montant des revenus que la compagnie devra reverser à la municipalité de São Paulo, en échange de sa concession de fourniture d’eau à la ville. Cependant, le régulateur environnemental a annoncé que la législation du secteur de l’eau serait appliquée au niveau de l’Etat et que les tarifs seraient ajustés, de façon que Sabesp puisse obtenir un retour de ses investissements en infrastructures. Ce risque réglementaire devrait donc progressivement disparaître. Cette bonne nouvelle devrait renforcer un groupe qui est déjà la plus importante compagnie du secteur de l’eau d’Amérique latine.
Autre valeur brésilienne que nous aimons : Duratex (Brazil : DTEX3), producteur de bois aggloméré et de porcelaine. Le cours du titre a récemment souffert d’inquiétudes relatives à une éventuelle surcapacité du secteur et à une demande déclinante en période de récession. L’action n’a valu que 4 fois ses résultats courants. Depuis, le titre a rebondi pour atteindre un PER de 14. Il offre toujours des retours décents, surtout après la récente fusion de Duratex avec l’un de ses plus gros concurrents. Duratex possède ainsi 43% de parts de marché dans l’aggloméré peu cher (comme le MDF), ce qui lui permet d’avoir un meilleur contrôle des prix. Cela, combiné au programme de Lula visant à construire 1 million de maisons à un prix abordable d’ici à 2011, devrait offrir de bonnes perspectives de croissance à la plus grande compagnie de panneaux de bois de l’hémisphère Sud. A la différence du Brésil, le Mexique – dont l’économie est très liée aux Etats-Unis, qui représentent 90% de ses exportations – a souffert de l’éclatement de la bulle immobilière et de la récession.
La déclaration de l’épidémie de grippe et les continuels conflits liés à la drogue ne l’aident pas. Cependant, nous apprécions Femsa (Etats-Unis : FMX), conglomérat de la boisson qui possède des franchises de bières sur tout le sous-continent et montre une forte activité dans les boissons non alcoolisées. Femsa n’est pas à un prix aussi intéressant que nous le souhaiterions, avec un PER de 19 fois. Mais cela reste raisonnable, comparé à ses concurrents mexicains. Femsa possède également les épiceries Oxxo, dont la chaîne, qui se développe rapidement dans le pays, espère récupérer les 50% de parts de marché de la distribution alimentaire encore contrôlés par les magasins Mom and Pop.
Propos recueillis par Alexandra Voinchet
© Les Publications Agora France, 2002-2008
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