Ce n’est un secret pour personne : la Chine lorgne vers le pétrole russe, la Russie convoite l’argent chinois. Pour satisfaire leurs intérêts respectifs, les deux pays viennent de sceller un accord de coopération énergétique d’ampleur. Signé le 17 février 2009, celui-ci prévoit l’exportation vers la Chine de 300 millions de tonnes de brut sur vingt ans en échange de prêts chinois de 25 Mds$.
À en croire des experts chinois et russes, il s’agit d’un accord “gagnant-gagnant”, où chacune des deux parties devrait y trouver son compte.
Complémentarité
Pour la Chine, le nouvel accord lui permettra avant tout de garantir sa sécurité énergétique. Jusqu’à présent, les importations chinoises de brut en provenance du Moyen-Orient et d’Afrique, ses principaux fournisseurs, s’effectuent exclusivement par voie maritime. “Or c’est un mode de transport coûteux et dangereux à cause des distances et d’éventuelles ruptures de livraisons en cas de conflits géopolitiques”, explique un expert chinois.
La livraison de brut par son voisin russe, via l’oléoduc Sibérie-Pacifique en cours de construction, offrira à la Chine une solution moins chère et plus sécurisante. D’autant que cela lui donnera la possibilité de se libérer peu à peu de sa dépendance à l’égard du pétrole du Moyen-Orient, qui représente 50 à 60% de ses importations. Autre avantage : prêter 25 Mds$ aux Russes constitue pour les Chinois l’opportunité de diversifier les canaux d’investissements de leurs réserves de change.
Concernant la Russie, deuxième exportateur mondial de pétrole derrière l’Arabie saoudite, l’accord sino-russe contribuera à sauver de la faillite Rosneft et Transneft, ses deux majors pétrolières, lourdement endettées. En effet, la première va recevoir 15 Mds$ et la seconde 10 Mds$, ce qui leur permettra, non seulement de rembourser leurs dettes, mais aussi de financer leurs grands projets énergétiques.
En outre, une coopération plus étroite avec la Chine dans le domaine énergétique permettra à la Russie d’être moins dépendante de sa clientèle européenne. Les dirigeants russes en sont conscients : avec l’ex-empire du Milieu, ils accéderont désormais à un marché énergétique au fort potentiel de développement.
Laisser de côté les divergences
La conclusion de l’accord, qui lie pour vingt ans la Chine à la Russie, révèle, certes, une bonne complémentarité entre les deux pays, mais il ne faut pas oublier que c’est au prix d’importantes concessions de part et d’autre qu’ils sont parvenus à ce compromis.
Ainsi, la Chine a fini par accepter d’accorder ses prêts au taux fixe (et non au taux variable), comme l’a exigé la Russie, celle-ci ayant à plusieurs reprises menacé d’interrompre toute négociation pour traiter avec le Japon. Pour sa part, la Russie a cédé sur un certain nombre de points. “Il est très difficile de traiter avec les Russes : ils ne respectent guère les règles du jeu en vigueur en Occident”, lâche en coulisse un officiel chinois.
Quant aux Russes, certains d’entre eux voient d’un mauvais oeil la livraison de pétrole à la Chine, qu’ils considèrent plutôt comme une menace. Il faut bien le reconnaître : pour des raisons historiques, Chinois et Russes ont toujours nourri un sentiment de suspicion l’un envers l’autre, et leur méfiance grandit dès lors qu’il s’agit de défendre leurs intérêts.
Néanmoins, force est de constater que l’accord du 17 février – le plus important dans l’histoire des relations sino-russes – marque une nouvelle étape dans le domaine de la coopération énergétique entre la Chine et la Russie. C’est probablement le signe que, dans la crise, les deux géants savent travailler ensemble en dépit de leurs (nombreuses) divergences…
Camille-Yihua Chen
© Les Publications Agora France, 2002-2008
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