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Comment gérer au mieux son portefeuille d’actifs ?


La faillite de Lehman Brothers, le 15 septembre dernier, a ouvert une nouvelle ère pour les marchés financiers, celle de l’inquiétude exacerbée et du retour de la volatilité vers des niveaux records. En révélant à tous les limites d’un système fondé sur la distribution excessive de crédits, mais en mettant aussi en exergue les défaillances du système en termes de transparence, de mesure et de gestion des risques, cette faillite a effacé tous les points de repère de marchés financiers qui jusqu’alors étaient tentés de penser que les risques avaient disparus.

La crise, qui se voulait au départ circonscrite aux subprimes américains, ces fameux ménages peu ou pas solvables auxquels l’on a prêté tout de même de quoi acheter un logement dont on pensait alors que le prix ne pourrait que progresser, se transmet aujourd’hui à l’ensemble des économies de la planète. Elle touche tous les agents économiques, qu’ils soient consommateurs ou producteurs, épargnants ou emprunteurs … L’économie mondiale fait, aujourd’hui, face à l’une des plus graves crises de son histoire. Cette crise est triple : elle est financière, boursière et économique. Certains la comparent à la crise de 1929 qui a conduit ensuite à la plus grande dépression de l’ère moderne. La comparaison semble néanmoins exagérée en sens qu’en 1929 les autorités publiques avaient été totalement désemparées et inefficaces. Aujourd’hui, elles sont mieux armées et ont pris le problème à bras le corps, à coup d’injections massives de liquidités, de plans de sauvetage du système bancaire ou de plan de relance globale à l’économie. Il n’en reste pas moins que ces initiatives, salutaires à terme, interviennent tout de même un peu tard, si bien que la crise à laquelle font face aujourd’hui les économies pourrait être au moins aussi forte que celle connue par les pays industrialisés au cours des années 1980.

Dans ce contexte, l’inquiétude exacerbée des intervenants a conduit à une chute sans précédent des prix de l’ensemble des actifs risqués traités sur les marchés financiers. Ainsi, les marchés actions ont reculé de 30% en moyenne depuis le 15 septembre et de 40% depuis le début de l’année 2008. Sur certaines places boursières émergentes, le recul atteint même plus de 70% depuis le début de l’année. Sur les marchés des obligations d’entreprises, les spreads de crédit (c’est-à-dire la différence entre le taux des obligations d’entreprises et le taux des obligations d’Etat jugées sans risque) se sont élargis jusqu’à 500 points de base. Sur le marché des matières premières, c’est une véritable hémorragie après la bulle spéculative du premier semestre. Les prix du pétrole ont été divisés par 3 en moins de 6 mois, du jamais vu. Un baril de pétrole ne vaut maintenant “plus que” 50$ alors qu’il s’échangeait à près de 150$ mi-juillet. Le blé, qui atteignait 1250$ le boisseau en février, ne vaut plus aujourd’hui que 530$.

Enfin, sur le marché des changes, les mouvements de refuge vers le yen et paradoxalement le Dollar se sont intensifiés. L’euro, qui avait atteint un plus haut historique contre le dollar à 1.5990 mi-juillet, a perdu, depuis, près de 20%.

Alors que les marchés sont sur des plus bas, beaucoup se demandent s’il n’est pas temps de réinvestir. Nous ne pouvons que réitérer un message de grande prudence. L’essentiel de la crise financière est certainement derrière nous, dans un contexte où les autorités politiques veillent maintenant à éviter toutes nouvelles faillites (le plan de sauvetage de la Banque Citigroup annoncé ce lundi en est le dernier exemple) et à permettre un fonctionnement le plus normal possible des marchés interbancaires, avec l’injection massive de liquidités si nécessaire. Pourtant, il est encore bien trop tôt pour dire que la crise boursière touche à sa fin, alors même que la crise économique ne fait que commencer. Les valorisations atteintes sur les marchés boursiers, notamment européens, sont pour certaines très attractives.

Cependant, on ne peut exclure de nouveaux mouvements de panique et de ventes massives sur les actions au cours des prochaines semaines dans le sillage de publications statistiques inquiétantes ou d’annonces de difficultés très fortes de certains secteurs, comme cela est le cas actuellement pour le secteur automobile américain. Dans tous les cas, la tendance devrait rester baissière sur les marchés actions pendant encore plusieurs mois. N’oublions pas, que les marchés actions sont le reflet des anticipations de marché sur l’état futur de l’économie.

En général, les marchés actions tendent à atteindre leur point bas 6 à 9 mois avant les premiers signes de reprise. Envisager un rebond sensible et durable des marchés boursiers aujourd’hui, c’est ainsi considérer que les économies industrialisées retrouveront le chemin de la croissance dès la fin du premier semestre 2009. Hors toutes les indications disponibles actuellement, qu’il s’agisse des prévisions des organismes internationaux ou des statistiques d’emploi, de consommation ou d’investissement, laissent envisager une année 2009 dans son ensemble particulièrement difficile pour l’économie mondiale.

Dans ce contexte, il semble ainsi opportun de garder une grande partie de ses avoirs (70% au moins) en liquidités rémunérées (SICAV monétaires,…) en attendant les premiers signes de rebond solide. Il vaut mieux perdre un peu du mouvement de hausse, que de voir son portefeuille fondre comme neige au soleil, victime de la volatilité exacerbée des marchés.

En revanche, notamment si l’horizon de placement est élevé 3 à 5 ans, il peut aussi être intéressant de profiter des mouvements de repli des marchés boursiers pour commencer à réinvestir progressivement sur les marchés actions (10 à 15% des portefeuilles, directement sur des titres vifs ou par le biais de CFDs). Il convient alors d’être particulièrement sélectif et surtout de n’investir que dans les sociétés dont on connait et dont on comprend parfaitement l’activité.

On privilégiera notamment les sociétés ayant une excellente trésorerie et dont le niveau d’endettement est faible. Il vaut mieux rester à l’écart des secteurs dits cycliques, et notamment du secteur automobile, et privilégier les traditionnels secteurs défensifs que sont les services aux collectivités ou celui des biens de consommation de base, moins sensibles aux évolutions conjoncturelles. Les valeurs énergétiques peuvent aussi constituer de bonnes opportunités. Celles-ci ont été massacrées au cours des dernières semaines et bénéficient de fondamentaux de long terme très positives alors que les ressources pétrolières de la planète s’épuisent.

Néanmoins, sachant que la tendance est encore très fragile à court terme pour les prix des matières premières, on préfèrera surtout les valeurs parapétrolières qui ont des revenus beaucoup plus récurrents. D’un point de vue géographique, on privilégiera aussi surtout les placements en euro. Il semble encore trop tôt pour revenir sur le marché américain alors que la plupart des estimations de bénéfices des entreprises du S&P sont encore irréalistes.

Enfin, si tout portefeuille d’actifs se doit de contenir une part en obligations (15% à 20%), il faut faire aujourd’hui très attention aux obligations d’Etat. Si elles sont détenues jusqu’à échéance, elles restent les placements sans risque par excellence, mais offrent maintenant des rendements très peu attractifs. Elles comportent aussi un risque fort de pertes en capital pour tout investisseur qui voudrait les vendre avant leur échéance. On pourrait ainsi commencer à leur préférer des obligations d’entreprises en privilégiant là encore, la qualité des émetteurs.


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