Les Chinois sont fâchés.
“Votre modèle de développement, assis sur une épargne faible et une consommation exacerbée, n’est pas viable”, ont-ils poliment expliqué aux grands pontes des pays développés à Davos. D’ailleurs, ils n’ont sans doute pas tout à fait tort sur ce point.
Une chose est sûre : la crise américaine des subprime a dégénéré en crise bancaire, financière puis économique, et touche aujourd’hui toute la planète. Et la Chine, qui carburait avec un taux de croissance de plus de 11% par an, doit s’attendre à voir cette année son rythme de croissance ralentir jusqu‘à 6,7% selon le FMI.
6,7% de croissance annuelle ? Pas assez !
La Chine est un pays émergent. Et il lui faut au minimum 8% de croissance pour absorber et donner un emploi à ces millions de Chinois qui arrivent chaque année des campagnes vers les villes. Sans quoi, l’explosion sociale devient une menace bien réelle…
Mais essayons de prendre un peu de recul. Car il faut être visionnaire pour bien investir…
Une correction dans un grand marché haussier…
Selon le FMI, la Chine rebondira, et retrouvera en 2010 son taux de croissance de 8%. Et il se pourrait même que la grave crise économique que nous allons vivre soit pour la Chine un véritable tremplin, pour ne pas dire un accélérateur.
Le PIB chinois vient de dépasser celui de l’Allemagne et de l’Angleterre. L’Empire du Milieu devenant ainsi la troisième puissance économique mondiale… Or Goldman Sachs estime que l‘économie chinoise dépassera celle du Japon vers 2015. Et elle pourrait détrôner vers 2035 les Etats-Unis, jusqu’ici leader économique incontesté.
Qu’est-ce que cela signifie pour vous, investisseur ?
Le marché boursier chinois a perdu les deux tiers de sa valeur depuis son point haut en octobre 2007. Si vous êtes un investisseur de long terme, investir aujourd’hui sur l‘émergence économique de la Chine pourrait bien être l’une des décisions d’investissement les plus rentables que vous puissiez prendre.
Quand “chemin à parcourir” rime avec “potentiel de plus-value”
Car il reste à la Chine encore bien du chemin à parcourir : la Chine n’est pas encore la première industrie manufacturière mondiale : ce sont les Etats-Unis. La Chine n’est pas non plus le plus gros exportateur mondial : c’est l’Allemagne. Ce chemin qu’il faut encore parcourir vous donne une idée du potentiel que peut générer la “carte chinoise” dans les années à venir, si vous la jouez.
Cette donnée est fondamentale : gardez-la en tête !
Regardez le graphique ci-dessous. Il vous montre l’intensité de consommation de matières premières du pays par unité du PIB (produit intérieur brut). Je m’explique…
Pour produire une unité de richesse économique, la Chine engloutit deux fois plus de matières premières que n’importe quelle autre économie développée. Tout simplement parce que l’essentiel de sa croissance économique vient du secteur manufacturier ; alors que la croissance des pays développés vient surtout du secteur des services.

C’est donc bien la très forte croissance économique chinoise, véritable “atelier de fabrication” de la planète, qui a fait croître la demande mondiale de matières premières de façon vertigineuse ces dernières années. Et cet “appétit démesuré” pour les matières a poussé le prix des commodities à la hausse depuis le début des années 2000 et jusqu‘à cet été.
The“Big Picture”
Aujourd’hui, les analystes vous disent que la Chine s’essouffle et que les matières premières en pâtissent. Certes.
Mais essayez d’avoir une longueur d’avance sur eux, optez pour un grand angle pour prendre la mesure de la tendance long terme et du potentiel. Ce qui compte c’est “the Big Picture” comme disent les anglo-saxons.
Je vais vous convaincre.
Laissez-moi revenir sur l’histoire économique du XXe siècle. Car ce que nous avons vécu, nous sommes sur le point de le revivre.
Lorsque les Etats-Unis ont émergé au début du XXe siècle pour prendre la suprématie économique mondiale, leur économie a massivement consommé des matières premières. Jamais dans leur histoire ils n’auront atteint un tel pic de consommation (regardez le graphique ci-dessus)
Et lorsque le Japon a émergé à son tour dans les années 1960-70, on a eu droit au même phénomène. Durant cette période, le Japon a massivement consommé des matières premières.
Ce qui s’est produit avec les Etats-Unis et le Japon est sur le point de se reproduire avec la Chine, puissance 10.
Or ces dernières années, la Chine a consommé deux fois moins de matières premières pour produire de la richesse économique que les Etats-Unis et le Japon en consommèrent au moment où ils ont émergé pour devenir une grande puissance économique.
En clair et sans décodeur, l’appétit phénoménal de la Chine ces dernières années pour les matières premières n’est qu’un “avant-goût” de ce qui nous attend. Ce que nous avons vu n’est rien par rapport à ce qui nous attend dans les prochaines années. L’histoire nous permet d’anticiper une demande chinoise phénoménale pour les matières dans les années à venir.
Dans cette optique, l’effondrement actuel des cours est une incroyable aubaine
Et finalement, la crise économique actuelle qui a fait s’effondrer la demande et le prix des matières premières est une opportunité unique pour rentrer sur les matières à prix cassé et jouer la tendance long terme à venir.
Isabelle Mouilleseaux
Article original
© Les Publications Agora France, 2002-2008
Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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