Le VIX s’affole, les marchés tempêtent, les déposants angoissent, les gouvernements et banques centrales s’activent. Partout le rouge domine, à l’exception notable de l’or. Une touche de vert dans un océan rouge sang…
C’est quoi le … VIX?
Il s’agit d’un indicateur qui mesure la volatilité du marché financier américain. Pourquoi américain ? Tout simplement parce qu’il est calculé tous les jours par le Chicago Board Options Exchange, le fameux “CBOE”, qui traite les options américaines.
L’indice de la peur…
Ce qu’il faut retenir, c’est que plus la valeur de cet indice grimpe, plus les marchés sont nerveux et pessimistes. Plus l’indice est faible, plus les marchés sont optimistes et sereins.
Outre sa valeur absolue, ce qui nous intéresse est surtout sa variation. Plus les variations à la hausse sont fortes, plus les marchés ont peur et le pessimisme s’installe. Et inversement. Or le VIX atteint actuellement des records comme jamais auparavant. Je n’ai jamais vu ça… une chute du CAC 40 de 9% non plus d’ailleurs…
Les intervenants voient noir
En clair et sans décodeur, les intervenants voient noir. Ultra noir.
1. Non seulement ils ne croient pas en l’efficacité du plan Paulson dont ils doutent de plus en plus…
2. … mais en plus ils sont en train de se rendre compte que la crise économique aux Etats-Unis sera probablement nettement plus durable et profonde que ce qu’ils imaginaient jusque-là. Le consommateur américain est aux abois, pris à la gorge, endetté au-delà du raisonnable, voire de l’imaginable. Or il “fait” 70% de la croissance américaine en consommant. S’il ne consomme pas, l‘économie américaine s’arrête. C’est ce à quoi nous sommes en train d’assister.
3. Les intervenants se rendent compte aussi que la confiance entre les banques (et dans les banques) est loin d‘être rétablie, malgré le plan Paulson et les sauvetages successifs mis en place par les différents gouvernements européens. Le credit crunch sera sévère et la hausse des taux est inéluctable: et tout ceci entraînera l‘économie réelle dans la tourmente.
Pendant que j’y suis: la confiance, quand on la perd, c’est à toute vitesse … mais pour la regagner, ça prend du temps, beaucoup de temps.
4. Les investisseurs prennent aussi conscience que les gouvernements locaux grillent cartouche sur cartouche pour éteindre les départs de feu intempestifs, ceci afin d‘éviter l’embrasement général. Combien de temps encore vont-ils tenir à ce petit jeu ?
Quasiment tous les week-ends, nous assistons à une course contre la montre…
Et le plus alarmant, c’est cette incapacité des Européens à faire front ensemble, à harmoniser et globaliser la riposte ! Le chacun pour soi ne sera pas viable longtemps…
5. Enfin, quand Angela Merkel (une personne sérieuse, raisonnable, posée, réfléchie, méthodique, carrée…) nous annonce garantir les dépôts des épargnants pour quelque 568 milliards d’euros au mieux, 1 600 milliards au pire et selon les calculs (la plus grande garantie accordée de tous les temps !), on se dit que la situation est vraiment grave.
Aucun gouvernement ne risquerait de réduire ainsi sa crédibilité à néant s’il n’y avait pas URGENCE ABSOLUE et IMMEDIATE, s’il n‘était pas certain que le système bancaire national menaçait réellement d’implosion.
En attendant, le grand bal des annonces de résultats va s’ouvrir. Vous pouvez être certain d’une chose : les marchés n’ont pas fini de tanguer.
Vous me trouvez trop pessimiste ? J’espère que vous avez raison. Sincèrement. Cela dit, je veux bien essayer de nous remonter le moral…
Le VIX, un indicateur avancé ?
Historiquement, lorsque le VIX atteint des points bas, on se rend compte que le Dow Jones atteint un sommet. Et inversement, lorsque le VIX est au plus haut, le Dow touche un point bas.
Le pic actuel du VIX est-il en train de nous dire que les bourses ont bientôt atteint un point bas, ce fameux creux de vague tant attendu ? Est-il en train de nous dire que les marchés actions sont au bord du rebond ?
Statistiquement, oui. Statistiquement…
Maintenant, je me permets aussi de vous donner mon humble avis: accrochez vos ceintures, ça va probablement continuer de baisser ! Faites-moi plaisir, n’entrez pas sur le marché pour l’instant si vous êtes investisseur de long terme.
Si vous êtes trader dans l‘âme, il y a de quoi faire des allers-retours rapides et profitables. Mais je vous préviens: il faut être ultra-réactif et avoir des nerfs très solides.
Mais revenons à la situation actuelle…
On s’en sortira. Ce sera très coûteux, long et douloureux
Regardez le Japon: il a mis vingt ans à se remettre de sa crise financière et bancaire, et de la déflation généralisée qui a plongé son économie dans la tourmente. Le pays est toujours surendetté, les banques ont mis des années à digérer leurs créances irrécouvrables et l’indice Nikkei n’est jamais remonté à ses niveaux d’avant la crise.
C’est probablement un scénario de ce type qui nous attend. L’avenir nous le dira…
Le cas échéant, il va falloir se serrer la ceinture. Ce sera, long, douloureux et très coûteux. Mais on s’en sortira.
Une seule chose me fait réellement peur
Que les déposants se ruent effectivement vers les guichets. Plus personne ne maîtriserait alors quoi que ce soit. Ce serait un nouveau 1929, puissance dix.
C’est incroyable que je vous dise cela. Cela me paraissait il y a quelques jours encore impossible, du domaine de l’imaginaire. Mais autour de moi, je le vois bien, les craintes sont réelles, tangibles, palpables. Les mouvements de masse sont aussi imprévisibles qu’incontrôlables. Angela Merkel en est la première convaincue, d’où la garantie démentielle (je pèse mes mots) qu’elle a accordée dimanche à ses banques.
Cela dit, je n’y crois pas, ou plutôt ne veux pas y croire.
Pieds et poings liés…
Le VIX nous hurle la crainte extrême des marchés face à la défiance généralisée et au manque de coordination internationale pour gérer cette crise d’une violence inouïe.
Car le problème est bien là : s’il devait y avoir dérapage, les grands de ce monde (politiques, argentiers, banques centrales…) n’ont aucun outil sous la main, aucune arme qu’ils pourraient dégainer à la rapidité de l‘éclair pour contrecarrer le mouvement.
Meilleures salutations,
Isabelle Mouilleseaux
© Les Publications Agora France, 2002-2008
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.



1 commentaire
Ven 17 Oct 2008
A Paris, l’indice de volatilité (VCAC) a inscrit ses etrêmes aussi, à 80% !!! Autant je l’avais vu sur des actions en 2000 lors de la bulle internet, autant je ne l’avais encore jamais vu sur un indice ! Autant dire qu’on est dans le brouillard épais total. Le marché est terrorisé, comme le souligne l’intervenante.
Ce qui apporte actuellement de la stabilité, c’est l’Euro !! Je n’ose imaginer ce qui se serait passé sans cette monnaie unique… et ça, ça me terrorise encore plus !