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Les réajustements de prédiction de prix du baril en provenance des analystes se multiplient récemment. Il est vrai qu’ils ont été pris en flagrant délit d’inefficacité, personne n’ayant véritablement vu venir le coup comme pour la crise dite des subprimes d’ailleurs.

Les analystes revoient leurs anticipations de prix à la hausse.

Un analyste de Goldman Sachs prédit que le baril pourrait atteindre 150 $ à 200 $ d’ici six mois à deux ans. Notons que l’intervalle de temps lui laisse une bonne marge d’erreur, notamment pour la fluctuation du dollar. Il augmente son objectif de cours moyen 2008 de 12 $ en le fixant à 108 $. Son objectif de cours moyen 2009 s‘établit à 110 $ (contre 105 $ auparavant). Parlant de “crise de l‘énergie”, il mentionne la possibilité de 125 $ cette année et 200 $ en 2009, avant une redescente vers les niveaux de 150 $ en 2010.

Plus globalement, les révisions des analystes se succèdent pour réajuster les prévisions de cours moyen 2008 à la hausse.

Les dirigeants de groupe sont plus mesurés.

Cette semaine, ce sont les dirigeants des compagnies pétrolières qui ont donné leurs prévisions : le baril devrait se négocier sous les 100 $ d’ici la fin de l’année, déclarent 55% des 372 dirigeants du secteur interrogés par KPMG LLP. 21% prévoient un baril entre 101 $ et 110 $ et 9% seulement prévoient des cours au-dessus de 120 $.

Pourquoi la Chine et l’Inde vont peser.

Toutefois, les données objectives font plutôt pencher la balance vers la hausse. Ainsi, les importations de brut par l’Inde ont augmenté de 9,1% et sa consommation de fuel de plus de 11%. L’Inde est le troisième consommateur de la zone Asie.
En Chine, le circuit de l‘électricité hydraulique étant ralenti et peut-être endommagé suite au tremblement de terre, on craint une forte hausse de la demande de brut pour “compenser” le manque de production d‘énergie.

Trois questions se posent aujourd’hui à l’investisseur :

  • A qui profite vraiment le pétrole cher ?
  • Quels sont les meilleurs investissements susceptibles de rapporter des plus-values ?
  • Quand devrait-on assister à l’inévitable consolidation de parcours que connaît tout marché haussier ?

Je possède des réponses fiables à seulement deux de ces trois questions.

A qui le pétrole cher profite-t-il ?

Aux gouvernements des pays consommateurs qui taxent outrancièrement cette matière première. Autres bénéficiaires : les pays producteurs, les compagnies pétrolières et les spéculateurs.

Quels sont les meilleurs investissements susceptibles de rapporter des plus-values ?

L’investisseur n’a théoriquement que trois solutions : investir dans les compagnies pétrolières nationales, les multinationales ou emboîter le pas aux spéculateurs.

Pratiquement aucune de ces solutions n’est idéale. Les compagnies pétrolières multinationales peinent: leurs coûts de production s‘élèvent, leurs concessions sont unilatéralement remises en causes par des pays qui veulent reprendre leur richesse nationale ou leurs installations sont menacées par le terrorisme. Les compagnies pétrolières nationales ne sont exposées qu‘à deux inconvénients sur les trois, puisqu’elles ne risquent pas de se voir débouter de leurs concessions.

Quant à emboîter le pas aux spéculateurs, cela signifie prendre des certificats sur des contrats à terme sur le pétrole.

Une consolidation de parcours est inévitable.

Mais il faudrait la conjonction d’un redressement du dollar et d’un net fléchissement de la demande mondiale. A moins que ce ne soit un mouvement de masse qui la déclenche.
Pour le moment l’or noir mérite plus que jamais son nom : sa corrélation inverse avec l‘émission de dollar est flagrante. Le cours du baril a fidèlement suivi l‘émission monétaire américaine. La consolidation se fera lorsque les spéculateurs le décideront et je suis incapable de prévoir précisément quand.

Pour l’instant, les spéculateurs jouent la hausse, toujours la hausse.

En avril, l’Agence Internationale de l’Energie révèle que, depuis juin 2007, la demande américaine de pétrole a fléchi et que les réserves sont à un niveau historiquement normal. Le pétrole ne reflue pas. Actuellement, le pétrole affiche un record à 127,80 $. L’or noir semble ne pouvoir que monter en n’entendant que les mauvaises nouvelles et en restant sourd aux bonnes nouvelles.

Ce comportement autiste est classiquement un comportement de phase bullière.

L’analyse technique donne comme plancher de consolidation 85 $. Et n’importe quel investisseur avisé qui verrait le graphe du pétrole sans chiffre et sans mention telles que le Brent, le WTI ou le baril fuirait à tire d’aile, effrayé par l’aspect “bullier” du graphe.

graphe cours petrole new york

Cours du Light Sweet Crude Oil, à New York

Prudence…

Vous l’avez compris, le pétrole me laisse perplexe. Je dissuade les nouveaux venus de rentrer aux cours stratosphériques actuels. Mais je suis incapable de savoir QUAND aura lieu la correction de parcours. Faute de trouver du réconfort auprès des graphes et des analystes techniques, je vous propose de nous en remettre au grand Jim Rogers, le fondateur du Quantum Fund et de l’indice RICI.

Interrogé sur l’or, il a dit qu’il estimait que le métal jaune pourrait descendre sous 800 $ et même 750 $ l’once et que, si tel était le cas, il accumulerait. Puis, il a ajouté que l’or noir testerait les 150 $ et même les 200 $ durant son marché haussier, faisant remarquer qu’aucune découverte majeure n’avait été faite sur le globe depuis 40 ans.

En résumé :

le grand marché haussier du pétrole se poursuit tiré par la loi de l’offre et de la demande, l‘émission généreuse de dollar et la spéculation. Le baril est vu par les spéculateurs comme un abri anti-inflation aussi efficace que l’or.

Techniquement, une consolidation de parcours est inéluctable. Elle ne devrait pas voir le baril redescendre au dessous de 98 $. 106 $ est le plancher le plus probable.

Mais sur le long terme, la logique du pic de production reprend le dessus. Si les gouvernements étaient prévoyants, ils réserveraient le pétrole au seul transport et interdiraient de brûler le précieux carburant fossile dès que de l‘électricité pourrait s’y substituer. Mais prévoyance rime le plus souvent avec impopularité. Et les gouvernements démocratiques des pays riches ne visent pas à prévoir (donc gouverner) mais à être réélus.

© Les Publications Agora France, 2002-2008
————————————————————————————
Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.

Article original

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1 Commentaires pour Pétrole cher: à qui profite-t-il vraiment ?

c272 Pierre
Lun 26 Mai 2008
Pierre photo

Rien n’est dit dans l’article sur les produits dérivés & structurés. Dommage, c’est là que l’on a les yields les plus forts, et pas sur le marché spot (la spéculation est loin de se faire uniquement sur le marché spot ou dans les arrières cours de Total...).
Pierre - http://www.finance-hq.org

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