Depuis 10 ans, la Bourse ressemble à une gigantesque table de poker. Depuis que l’âge moyen des baby- boomers a dépassé le pic des dépenses, les seules progressions à espérer du marché sont intégralement composées d’inflation, et donc illusoires.
Dans ce jeu à somme nulle, la stratégie gagnante ressemble à celle des joueurs de cartes professionnels : il s’agit de déceler, dans le visage des autres, les éventuels signes de cupidité et de peur qui donnent des indices sur leur main. Quatre jauges permettent d’obtenir un trouillomètre fiable de la Bourse.
Le VIX, indicateur de pessimisme
La première est l’indicateur de volatilité VIX. Plus la valeur de cet indice est forte, plus les Bourses ont une nervosité importante et donc un pessimisme élevé.
Certains attachent plus d’importance à la variation du VIX qu’à sa valeur absolue ; une progression indique un pessimisme croissant. Pour démontrer une partie de sa puissance, il suffit de jeter un oeil au graphique qui montre la forte corrélation du VIX avec l’ETF pariant sur la chute du marché avec un levier de 2.
Le TED, indicateur de la (non) confiance des banques entres elles
Le deuxième, surnommé TED, est l’écart de taux entre les emprunts d’Etat américain à court terme et l’euro/dollar. Autrement dit, ce chiffre mesure la différence entre le prix demandé par les autorités pour prêter de l’argent et celui exigé par les banques pour se financer entre elles.
S’il bondit, cela illustre une dégradation de la confiance mutuelle que se portent les divers établissements financiers. Inutile de vous dire que l’on a assisté, depuis l’été dernier, à des niveaux jamais observés depuis plus d’un demi-siècle.
Le prix de l’or physique, indicateur de déroute du système
Le troisième indicateur du système boursier mondial est le prix de l’or. Quand un nombre croissant d’investisseurs, dans la plupart des pays, quitte leur monnaie fiduciaire pour le métal jaune, c’est que cela s’annonce mal. Mais attention : les prix payés par ceux souhaitant retirer des lingots pour les stocker dans un endroit connu d’eux seuls sont plus parlants que les prix officiels.
Il faut donc observer l’évolution du prix de l’or physique, puis le “nettoyer” de ses effets de change, pour obtenir l’évolution du prix réel moyen qu’un individu sera prêt à payer pour se faire livrer un lingot, n’importe où sur la planète.
Et enfin : les ventes de coffres-forts !
Dernière mesure logique : la progression globale des ventes de coffres-forts. Là aussi, il faut épurer, pays par pays, les données de l’influence démographique. En Chine par exemple, une partie de la hausse est simplement due au fait que de plus en plus de gens ont l’âge et les moyens de se payer un coffre.
Aux Etats-Unis à fin 2008, c’est le coffre-fort domestique à cadran digital qui a fait partie des produits les plus vendus. Quand le citoyen enterre sa richesse plutôt que de s’inspirer de la parabole des talents, alors il faut s’attendre à ce que l’économie soit privée de ce capital.
Tandis que ces quatre indicateurs atteignent, dans leur ensemble, des niveaux records, il est temps pour vous, en tant que trader, de décider si vous souhaitez privilégier un biais haussier — apparemment suicidaire —, jouer la baisse alors que les marchés ont déjà bien baissé, ou plutôt gagner de l’argent en spéculant de manière neutre au marché. En clair et sans décodeur : shortez le secteur baissier et achetez en parallèle le secteur haussier. Vous neutraliserez ainsi le risque du marché et maximiserez votre potentiel… je vous en dirai plus bientôt, promis.
Marc Mayor
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